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Le prolifique cinéaste africain Idrissa Ouedraogo est mort à l’âge de 64 ans

Figure emblématique du cinéma africain, Idrissa Ouedraogo est mort, dimanche 18 février, à l’âge de 64 ans, a annoncé l’Union nationale des cinéastes.

Réalisateur prolifique tout au long de sa brillante carrière, Ouedraogo a été surtout connu par « Tilaï » (La Loi), un drame puissant sur l’honneur de famille qui a remporté le Grand Prix du jury du Festival de Cannes en 1990.

« Le Burkina Faso vient de perdre un réalisateur à l’immense talent », « qui aura beaucoup oeuvré au rayonnement du cinéma burkinabé et africain hors de nos frontières », a réagi le président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kaboré, dans un communiqué.

Des hommages et des condoléances de tout le monde cinématographique africain ont fusé sur les réseaux sociaux. Le cinéaste congolais Balufu Bakupa-Kanyinda a décrit sa « tristesse profonde » par le décès d’un homme connu affectueusement sous le nom « Maestro », et a ajouté «un maestro est rentré chez lui, derrière l’écran ».

Gilles Jacob, le président du Festival de Cannes lorsque les films « Yaaba » (Grand-mère) et « Tilaï » ont été sélectionnés, a regretté le décès d’un cinéaste légendaire qui « a fermé les yeux pour de bon, au moment où se couchait le soleil qui a illuminé son œuvre ».

À Berlin, où les cinéastes se sont réunis à la Berlinale Africa Hub, dimanche 18, un bon nombre de personnes ont partagé leurs réflexions sur la vie et la brillante carrière d’Ouedraogo.

Son vieil ami et programmateur de festivals chevronné, Keith Shiri, a décrit Ouedraogo comme « un homme formidable et généreux », qui l’avait accueilli lors de sa première visite au Burkina Faso, en 1989, à l’occasion du Festival panafricain du cinéma, Fespaco, où Ouedraogo deviendrait une figure importante dans les années suivantes.

Lorsque Shiri lui a rendu la pareille, Ouedraogo non seulement l’a visité dans son Zimbabwe natal : il y est resté pour réaliser un long métrage. « Il est devenu un très cher ami », a dit Shiri et a ajouté que « malgré son œuvre », il est resté toujours fidèle à son engagement avec « le cinéma pour Burkina Faso ».

Né le 21 février 1954 dans ce qui était encore la colonie française de la Haute-Volta, Ouedraogo a fait des études à Kiev avant de les poursuivre à Paris à l’Institut des hautes études cinématographiques et à la Sorbonne où il a obtenu un Diplôme d’Études Approfondies (DEA) de cinéma en 1985.

Revenu au Burkina Faso, il réalise son premier long métrage « Yam daabo » (Le Choix) (1986), bientôt suivi de « Yaaba », une histoire d’amour entre un jeune garçon et une une grand-mère rejetée par le village, qui l’accuse de sorcellerie. En 1989, ce film remporte le prix FIPRESCI à Cannes et fait accéder Ouedraogo à la célébrité internationale, une renommée qui s’est vue renforcée par son chef d’œuvre, « Tilaï ».

Parallèlement à son travail dans le cinéma, Ouedraogo s’est aussi essayé au théâtre avec une mise en scène de La Tragédie du Roi Christophe à la Comédie Française, à Paris. S’il a réalisé l’un des courts métrages du film collectif sur le 11/9, « 11’09″01 – September 11 », dans les dernières années Ouedraogo s’était consacré en grande partie à la télévision et beaucoup de gens croyaient qu’il était découragé par les défis du financement des films, qu’il tenait à tourner sur celluloïd. « Il a été l’un de ces puristes du cinéma », a dit Shiri.

Dernièrement, Ouedraogo envisageait son retour au cinéma, a dit Shiri, qui avait l’impression que le réalisateur était stimulé par ses expériences récentes en tant que professeur à l’Ouaga Film Lab, une académie de formation d’Ouagadougou.

Ouedraogo faisait également partie du comité de programmation pour célébrer le 50ème anniversaire de Fespaco l’année prochaine. « Il était sur le point de retourner », a dit Shiri. « Tout à coup, il est parti ».

Janaina Olivera, du Centre brésilien pour les études afro-brésiliennes et indiennes, préparait une rétrospective de l’œuvre d’Ouedraogo pour le mois de mai de cette année. « Nous avons parlé il y a deux semaines », a-t-elle posté sur Facebook. « J’allais l’amener au Brésil. Billet, projections, hommage… tout était prêt. Il était tellement heureux ».


Source: variety.com